Certaines légendes et histoires mythologiques ne devraient pas attiser la curiosité, tant le mal dont il est question est omniprésent. Avec One-Eyed Likho, il s’agit justement d’aller chercher le mal au plus profond de sa cachette, dans les sombres forêts d’une Russie aussi glaciale que mystérieuse… Aurez-vous le courage de vous aventurer toujours plus loin ?


Il n’y a que le Mal qui m’aille

Le titre de ce test n’a pas été choisi au hasard : dans les contes russes, un proverbe dit « Ne réveille pas le mal qui dort ». En langue slave, likho désigne précisément « le mal » ou « la malchance ». Dans l’imaginaire populaire, parler du likho c’est personnifier toutes les épreuves négatives que l’on peut rencontrer au cours de son existence. Parfois personnifié en un personnage féminin plutôt maléfique et doté d’un seul œil, le likho n’est clairement pas amical. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le studio Morteshka a choisi un style graphique épuré en noir et blanc pour représenter cet aspect sombre de la mythologie slave.

Il faut dire que dans les contrées lointaines de l’Est de l’Europe, les histoires fantastiques et les contes pullulent, mais sont bien moins connus que ceux que l’on s’approprie au quotidien et qui nous viennent de Grèce, par exemple. Depuis quelques années, la scène indépendante accapare peu à peu ces histoires fantastiques, plus anonymes en Europe occidentale, mais loin d’être dénuées d’intérêt. Indika, que nous avions testé dans nos colonnes, était par exemple l’un de ces titres à l’ambiance pesante dont seul l’Est a le secret. Une mythologie et des histoires souvent effrayantes, mais qui offrent aussi une réflexion sur l’être humain et les conséquences de ses choix.

Tout commence par une nuit étoilée et le verre de trop…

S’enfoncer toujours plus loin…

One-Eyed Likho débute par un cauchemar. Celui que le forgeron d’un village russe fait de manière répétée et dans lequel le Mal l’appelle. Après une bonne cuite à la vodka dans le bar du coin, il raconte ses mésaventures au tailleur, son confident et ami. Ensemble, ils décident d’avoir l’excellente « mauvaise » idée d’aller explorer la forêt en quête du Likho, l’esprit maléfique qui rôderait en ces lieux… Pourquoi ? Comment ? On ne sait pas trop. Mais le forgeron est déterminé à aller se balader en pleine nuit pour se faire quelques frayeurs avec son pote. Une drôle de soirée commence alors entre les deux compères d’infortune…

Rapidement et après quelques échanges entre les deux personnages, une cabane surgit au milieu des bois et leur chemin les y conduit tout droit. Ou plutôt, tout bas… À l’instar de la Divine Comédie et de son héros Dante, le forgeron est condamné à descendre toujours plus bas, dans les tréfonds de la Terre, pour rencontrer cet esprit qui le hante. Après les premiers sursauts, une plage se dévoile soudainement et révèle au loin une île, que l’on comprend être le repère de Likho. Si le tailleur ne fait déjà plus partie de l’aventure, étant resté coincé en haut des escaliers de la cabane, notre compagnon ne nous abandonne pas pour autant et nous le retrouverons bien vite.

Soudain, une île…

Un chemin sinueux

Sur sa route, le forgeron croisera divers univers, allant de l’ancien temple orthodoxe à des espaces souterrains recouverts de neige. Une variété bienvenue, d’autant que le choix d’un filtre en noir et blanc brouille quelque peu les esprits. C’est donc dans ces différentes salles que notre personnage évolue et se doit de résoudre des énigmes relativement simplistes. La mécanique du jeu est très simple : un bouton action, un bouton pour le sprint et un bouton pour craquer une allumette. Likho est bonne et généreuse envers vous : ces dernières sont illimitées ! Et heureusement. Car vous en utiliserez en quantité industrielle. Dégager des passages, éclairer des endroits sombres, vous faire sursauter… Elles sont essentielles dans la progression du joueur.

Qui dit mécaniques simplistes ne dit pas forcément jeu simplet. Vous vous surprendrez plusieurs fois à quelques sursauts de peur bien sentis et vous sentirez relativement peu équipé, face à un esprit qui ne veut que votre peau. Le pauvre tailleur se fera bien vite attraper, mais il n’en est pas moins disparu pour autant et vous sera d’une grande aide… On peut regretter des mouvements un peu lourds, qui donnent parfois le sentiment de n’être que de la chair fraîche pour Likho, toutefois, le but final n’est que rarement lié à de la rapidité d’exécution. À part quelques QTE, le jeu vous demandera davantage de la réflexion afin de récolter les indices, les collectibles, ainsi que pour résoudre les énigmes obligatoires.

L’allumette peut révéler des scènes cachées de la vue…

Sortez-moi de là !

Le forgeron n’a qu’un objectif : quitter ce monde maléfique dans lequel il s’est embourbé. Cela demandera quelques sacrifices, mais retrouver le monde des vivants n’en vaut-il pas la peine ? Très sombre, le jeu propose une ambiance des plus pesantes avec ses dialogues intégralement doublés en langue russe, ses musiques discrètes, mais surtout, ses bruitages sortis de nulle part. Il faut sortir à tout prix de cet endroit dans lequel Likho ne souhaite que vous garder. D’ailleurs, vous la croiserez à diverses reprises lors de votre périple et attention, malgré son unique œil… elle vous voit ! Il faudra par moment être discret pour venir à bout de ce véritable chemin de croix.

Le terme n’est pas galvaudé : la légende du Likho est allègrement liée aux éléments communs des religions chrétienne et orthodoxe, dont certains saints vous feront la vie dure, à apparaître subitement dans votre dos. Il y a dans One-Eyed Likho une réflexion très spirituelle, accentuée par les objets à collecter et les diverses lectures que vous ferez en jeu. Nous sommes là face à un jeu d’horreur psychologique, dans lequel le vaillant forgeron est d’abord son propre ennemi. Si l’on ne comprend pas tout à fait pourquoi il s’entête à aller chercher le Mal là où il se trouve, votre instinct de survie ne vous dictera qu’une seule chose : il faut rentrer à la maison. Comme quoi, les contes slaves ont beau être sombres, ils sont loin d’être dénués de bon sens.




One-Eyed Likho est un titre intéressant sur bien des aspects : son ambiance, évidemment, est l’un des premiers critères à considérer. Le filtre en noir et blanc compense des graphismes dépassés, mais il donne un certain cachet à ce titre qui ne propose comme défi rien moins que d’aller affronter le mal en son cœur. Une force des contes mythologiques slaves, qui ont cette puissance de récit grâce au message très « terre-à-terre » qui se cache derrière l’aspect fantastique. Ce pauvre forgeron pourrait être n’importe qui et c’est une des forces du jeu. Toutefois, le défi assez faible et la courte durée de vie en feront un titre découverte, soit pour les amateurs de frissons, soit pour celles et ceux qui voudraient en savoir davantage sur une de ces histoires que l’on connaît moins bien en Europe de l’Ouest.


Constantes positives

  • Une ambiance parfois glaçante
  • Des personnages attachants
  • Un aspect visuel réussi…

Pathologies

  • … malgré une technique datée
  • Une jouabilité assez lourde
  • Trop court !

Le tampon du spécialiste


Informations complémentaires :

Type :Horreur psychologique
Développeur :Morteshka
Éditeur :Morteshka
Date de sortie : 28/07/2025
Version : Fournie par l’éditeur
PEGI :PEGI 18 : Horreur, Violence
Temps de jeu : 4H

Configuration PC de test :

ProcesseurIntel Core i5-9300H CPU @ 2.40GHz
Carte graphiqueNVIDIA GeForce RTX 2060
RAM16 Go DDR6
Support de stockageSSD 500 Go
Plateforme de jeu : Steam

par

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